Le fascisme selon Paxton, Eco, Bregman.
La chute des US et d'Israël.
L’historien américain Robert O. Paxton s’est fait connaître pour ses travaux sur Vichy, notamment Vichy France: Old Guard and New Order, 1940–1944 (1972, rééd. 2001) — Son ouvrage le plus célèbre sur la France de Vichy, qui a révolutionné l’historiographie en démontrant la collaboration active du régime avec l’Allemagne nazie, contrairement à la thèse de la “résistance passive”.
Spécialiste du fascisme et professeur émérite à l’Université Columbia, Paxton a développé une analyse influente du fascisme dans son ouvrage “Le fascisme en action” (2004). Ses conclusions sont aujourd’hui particulièrement pertinentes.
Paxton définit le fascisme comme une “forme de comportement politique” caractérisée par l’obsession du déclin communautaire, de l’humiliation ou de la victimisation, et par des stratégies de compensation par le biais d’une unité, d’une énergie et de la pureté d’un peuple racial ou culturel, où la masse mobilisée est dirigée par une élite militante et un chef charismatique vers le renforcement de la nation ou de la race, et où des ennemis internes sont expulsés ou écrasés.
Il estime aujourd’hui que les USA de Trump sont entrés dans une dynamique fasciste.
Selon Umberto Eco dans son essai “Ur-Fascism” (1995), le fascisme se caractérise par dix traits distinctifs: le culte d’une tradition syncrétique et mythifiée ; le rejet du modernisme et des valeurs des Lumières ; l’action pour l’action, valorisant la violence comme fin en soi ; l’équation du désaccord avec la trahison ; la peur de la différence et le rejet de l’étranger ; l’appel aux frustrations d’une classe moyenne menacée de déclassement ; l’obsession d’un complot international contre la nation ; la représentation paradoxale de l’ennemi comme à la fois surpuissant et faible ; la conception de la vie comme lutte permanente où le pacifisme est trahison ; enfin, un élitisme populiste méprisant les masses tout en prétendant les défendre.
L’historien néerlandais Rutger Bregman fait une synthèse actualisée de ces caractéristiques, où l’on retrouve l’appel au passé mythique et l’humiliation face à une forme d’ennemi déshumanisé: le migrant, le gauchiste, le Palestinien. De ceci découle la glorification de l’action violente, le mépris envers la faiblesse et la négociation, donc envers la démocratie. Ce qui alimente la glorification du Chef en tant qu’incarnation de la volonté populaire, incarnation de l’État et Sauveur de la Nation. Ainsi, les institutions sont purgées de toute résistance, le questionnement est réprimé, seule la loyauté est valorisée. Tout ceci implique une propagande permanente, la mise au pas des médias, l’excommunication de toute pensée non officielle afin de noyer la capacité du public à distinguer le vrai du faux.
Le régime fasciste fusionne avec les élites capitalistes, que ce soit l’industrie lourde des années 30 en Allemagne et en Italie, ou le complexe militaro-industriel et les géants de la tech aujourd’hui aux US et ailleurs, chacun servant l’autre. Le dernier critère est celui de la violence et de la terreur étatique, les services secrets, la police militarisée, l’action purificatrice, et le message que n’importe qui est une cible potentielle.
On retrouve ces caractéristiques dans les pays traditionnellement autoritaires dotés de chefs longue durée (Russie, Chine), mais aussi chez ceux traditionnellement démocratiques en cours de basculement, notamment les USA et Israël.
En Europe la dynamique fasciste a émergé sous une forme immature lors de la crise Covid, et von der Leyen se verrait très bien en tenue de Führerin surplombant le troupeau défilant au pas de l’oie sous une myriade de drapeaux bleus brodés d’étoiles dorées comme ses cheveux, mais la rhétorique strictement fasciste me semble pour l’instant surtout relever de la délinquance déguisée en action politique de bas étage. La poussée techno-totalitaire que nous subissons de la part des institutions corrompues n’est pas fasciste au sens de Paxton, mais pourrait le devenir en cas d’effondrement économique et social. Nous sommes déjà passés par là.



Merci pour cet article tres intéressant ! Vos références aux travaux de Paxton, Eco et Bergman sont pertinentes pour illustrer ce qui se passe aux US, Russie et Chine. Mais je dois admettre que pour l’Europe ce n’est pas approprié. Au contraire des autres états, il n’est pas centralisé et une partie de ses règles de fonctionnement - l’unanimité principalement- en fait un géant aux pieds d’argile. En revanche on trouve dans le spectre des partis politiques européens voire des gouvernements des promoteurs actifs de ces idées fascistes… Et ça c’est grave pour notre avenir en tant que citoyens libres vivant dans des regimes démocratiques.